QUE VOULEZ-VOUS ?
– Bonjour Toi !
– Comment va ?
– Mieux que moi j’espère ?
J’ai enfin eu mes règles, mon corps avait repris le contrôle. L’attente était finie.
Une autre tentative qui venait de s’achever avec zéro grossesse à la clé. Nous en étions maintenant à trois tentatives dont une blanche. Il nous restait donc au minimum deux tentatives sur les quatre accordées et prises en charge par la sécurité sociale.
– Que voulez-vous faire ?
C’est la question que Séverette m’a posée, quand nous nous sommes retrouvés dans bureau un jeudi soir après le boulot pour faire un bilan et aborder les prochaines étapes.
Elle venait de parcourir une énième fois notre dossier, deux ans et demi de parcours en sept minutes commentaires inclus :
– Votre poids ?
– …
– Vous devez en perdre au moins 10 là.
Je les avais perdus ces foutus 10 kilos mais avec les échecs, les hormones, les hyperstimulations, moi devant me ménager et la vie tout simplement, je les avais tout simplement repris. Et voilà que je me reprenais des réflexions :
– Vous réduisez vos chances à 1/3 avec votre poids.
– Vous êtes à la limite entre le surpoids et l’obésité.
– Faites-vous suivre par un centre de nutrition spécialisé. Je vous recommande ce centre.
Et vlan dans ma face.
Séverette : 1 – Shana : 0
– Avez-vous vu un psychologue ? Je vous recommande ces personnes.
– Mais que voulez-vous faire maintenant ?
– Je veux continuer.
M’entendis-je balbutier après avoir jeté un coup d’œil à Maam qui restait silencieux – il était énervé par le commentaire et gardait son calme m’a-t-il expliqué plus tard.
Elle tourne les quelques pages restantes de notre dossier avant de dire :
– Vous savez l’avantage des ovaires polykystiques c’est qu’ils vieillissent bien et vous avez l’âge de votre côté.
– Vous pouvez vous permettre de prendre une année sabbatique.
– TRAHISON me suis-je dit dans ma tête.
On avait dit deux mois, post transfert et je voulais me remettre en selle après cette grossesse chimique. Qui sait ? Nous y étions presque la dernière fois. Ce n’est pas le moment de faire une pause. Je ne savais même pas quoi lui répondre.
A quel moment on était passé de deux mois à toute une année ?
Mes yeux se sont emplis de larmes instantanément. Comme si elle voulait se faire rassurante, elle me lança,
– Alors, Madame vous n’êtes clairement pas prête pour une nouvelle tentative.
– Vous devez perdre du poids à nouveau. Je vous propose de vous revoir dans deux mois et nous pourrons décider à ce moment-là.
Elle me tendit une ordonnance
– Faites-moi ces examens pour surveiller comment vos ovaires vieillissent.
Je ne savais toujours pas quoi lui répondre, les mots ne venaient pas.
Nous avons quitté son bureau en silence. J’en ai voulu à Maam pour son silence tout au long de la consultation. Sur le chemin du retour, il me confia :
– Je veux que tu saches que je suis là pour toi, avec toi, que je t’aime fort et que la décision te revient. Tu sais moi à part me branler, subir les médecins et leur ton désagréable je ne fais rien. Tout se passe à ton niveau, c’est toi qui subis le traitement.
– Tu es bien gentil de dire ça mais moi je veux que tu parles aussi. Un enfant ça se fait à deux. Tu peux dire aussi ce que tu veux.
– Tu veux que je donne une date ?
– Oui
– OK alors septembre.
J’imagine qu’entre les UN AN que proposait Séverette et les trois mois que je voulais finalement, il a pris une sorte de milieu. Et l’été il ne se passait pas grand-chose dans le centre de PMA.
Mon état d’esprit ce jour-là c’est que je m’en foutais de l’avis de Séverette sur mon poids. Je ne me sentais pas particulièrement mal dans ma peau. Et j’aurais pu lui donner un chiffre complémentent diffèrent de la réalité. Elle ne me pesait jamais. Elle se contentait de croire ce que je disais et je n’avais pas envie de mentir.
Je voulais absolument rester moi et mon miracle arriverait peut-être ? Dieu ou la Vie me réservait peut-être une surprise ? Pour une fois depuis le début de ce parcours, je voulais vraiment kiffer la vie. Ne pas faire de régime surtout si c’était pour tout reprendre dès que je perdrais le contrôle.
Finalement, que ce soit aujourd’hui ou demain, ou dans 6 mois ou dans un an, j’avais la certitude que je serai mère de jumeaux. J’ai rarement des certitudes dans ma vie, même si parfois j’aurais voulu que ce soit autrement, mais devenir mère j’en étais sûre. C’était bien ancré en moi et je me préparais juste à être la mère exceptionnelle dont mes enfants auraient besoin pour s’accomplir et réussir leur mission de Vie.
My buddle of joy is coming,
and I can’t wait to see them.
This is an opportunity to be a better person.
Je te souhaite une excellente journée !
Tendrement,
Shana Khan ?.


