Tentative blanche
Ce fameux jour que j’attendais est arrivé. C’était un lundi.
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Le jour de la ponction …
Le jour de prélèvement des ovocytes que nous avions pris le soin de faire pousser doucement à coup de piqûres de Gonal F et de Cétrotide. L’avant-veille, le samedi précédent donc, Maam, fidèle à son poste d’infirmier m’avait fait ma piqûre d’Ovitrelle à 21h tapante.
Il ne fallait surtout pas se louper. Les calculs étaient faits à l’heure près.
J’avais même annulé ma soirée entre copines afin d’être dans les meilleures conditions, chez moi à suivre minutieusement les instructions pour faire mes bébés.
Nous avions rendez-vous au centre de PMA à 11h. J’avais prévenu mes proches de ce jour important. J’allais quand même avoir une anesthésie générale et surtout concevoir mes enfants même si cela se fera dans une petite éprouvette de laboratoire et avec l’aide de la science. J’avoue que j’en avais un peu trop fait. En y repensant qui fait cela en temps normal ?
– Est-ce que vous alertez vos proches quand vous être prêts à concevoir, copuler ?
– Eh ben moi j’en ai eu le privilège.
Après avoir rempli la paperasse, j’ai eu droit à la belle blouse blanche bleue à pressions dans le dos, qui couvrait à peine mes magnifiques fesses et aussi à des petits nounours sur le pansement qui recouvrait le cathéter de ma perfusion.
Maam est passé en premier. Pas de galanterie. Il a suivi la technicienne de laboratoire qui est venue le chercher et qui l’a ramené moins d’une demi-heure plus tard. Il n’était pas sûr d’avoir été bon.
– Hahahaha vous voyez les similitudes avec les rapports sous la couette? Ils savent bien quand ils n’ont pas bien fait le taff !
– ?
– Allez j’arrête.
Il fut vite rassuré, la technicienne est revenue quelques minutes plus tard pour nous dire que le recueil de sperme était bon !
– Bravo Maam !
La première partie était faite. Il ne reste que l’autre partie qui dépendait de moi.
L’infirmière est venue me chercher à mon tour et m’a accompagné dans la salle d’opération à pied. Je me suis allongée en position gynécologique sur la table qui trônait au milieu de la pièce avec une multitude de machines tout autour. L’une des infirmières essayait de me rassurer :
– Vous allez bien madame ? Détendez-vous. Tout va bien se passer. Pensez à un endroit calme et paisible me cria – t-elle.
Je ne me suis pas fait prier. Pendant qu’elles s’activaient toutes autour de moi, je m’efforçais de penser à cette plage, où j’étais seule, le vent dans les cheveux, l’eau qui me caressait les pieds nus et le soleil qui brillait très haut dans le ciel. Je ne sais pas combien de temps cela a duré, mais je suis sortie de mon sommeil avec la voix d’une femme, que j’entendais lointainement et qui disait d’un ton accusateur :
– Elle a ovulé ! Elle n’a pas fait le déclenchement, il n’y a pas d’ovocytes à ponctionner. Elle n’a certainement pas respecté les horaires !
Je me suis instinctivement mise à pleurer. Je savais que quelque chose ne s’était pas bien passé. Je me suis tournée vers l’infirmière pour lui demander :
– Il y a un souci ?
– Calmez-vous madame. La ponction n’a pas eu lieu. Le docteur passera vous voir pour vous expliquer. Je vais vous raccompagner dans votre chambre déjà.
J’étais bouleversée. Je ne comprenais toujours pas.
De retour dans la chambre Maam, qui m’y attendait et voyant que j’étais en pleurs, essayait de comprendre ce qui n’allait pas :
– Ça va ma chérie ? s’enquit-il
– Ils ont dit qu’il n’y a pas eu de ponction, pas d’ovocytes.
-Ce n’est pas possible, il y en avait quatre bien matures le samedi elles avaient dit. Cela n’a pas pu disparaitre.
– Le médecin va passer.
A peine ai-je prononcé ces mots, qu’une dame en blouse blanche passa la porte, suivi par un autre médecin. Elle s’est mise à parler et j’ai reconnu sa voix : celle de mon réveil.
– Madame, nous n’avons pas pu faire la ponction, vous êtes sûre d’avoir fait la piqûre d’Ovitrelle ? Nous n’avons pas vu les ovocytes.
– Bien sûr que nous l’avons fait, c’est mon conjoint qui l’a faite samedi à 21h comme précisé dans le mail que nous avions reçu des sages-femmes.
– Oui j’ai bien fait la piqûre à ma femme, surenchérit Maam.
Les larmes n’arrêtaient pas de couler le long de mes joues. Je revoyais toutes nos tracasseries pour faire les piqûres en temps et en heure. Les réveils matinaux, les prises de sang, l’angoisse, etc… et tout ça pour rien ? Nous arrivions à peine au milieu de la tentative. Et ce qui me frustrait le plus, c’est que la seule explication possible, pour ces charlatans – j’exagère un peu – c’était que nous avions fait une erreur : Nous !
Nous qui désirions avoir des enfants. Comme si ce n’était pas déjà assez difficile pour nous d’accepter d’avoir recours à la science pour avoir des enfants.
J’étais profondément déçue et en colère. J’ai demandé à avoir une échographie pour vérifier. J’ai même lancé à la figure de celle qui m’avait accusée à tort :
– Je ne veux pas vous parler, je ne vous fais pas confiance.
– Je comprends que vous êtes déçue m’a-t-elle répondu.
– Mais regardez! continua-t-elle en me tendant son téléphone. J’ai pris des photos au bloc opératoire, comme vous pouvez le remarquer, il n’y avait plus d’ovocytes au moment de la ponction.
Son collègue qui essayait de rattraper le coup, rajouta:
– Ma collègue ne vous accuse pas mais c’est la première fois de toute notre carrière que nous voyons cela. Du coup nous n’avons pas d’explications logiques pour justifier la disparition des ovocytes. Nous vous ferons une prise de sang ainsi nous en saurons plus. Ne vous découragez pas, vous êtes jeune et vous avez une bonne réserve d’ovules.
Je n’arrivais pas à l’accepter :
Mes quatre ovocytes avaient disparus.
Pouuf, envolés !
C’est à ce moment que j’ai décroché. Je me suis murée dans un long silence et ne prenais plus la peine de répondre à leurs questions. Maam a donc pris le relais. Il a récupéré les ordonnances, j’avais des capsules de Progestan à mettre en intravaginal pendant quelques jours et un arrêt de travail d’une semaine.
J’avais pris une claque ! Personne ne m’avait préparé à ça.
Aujourd’hui j’arrive à le partager avec vous car je m’en suis remise et voici mon message pour vous :
Tenez bon ! Qu’importe le nombre de claques que vous donne la vie, retenez que la douleur, la souffrance passera et que vous vous en remettrez. Toujours !
Et soyez reconnaissant de la chance que vous avez d’être en vie.
Je vous souhaite une excellente semaine.
Shana?.


